lundi 23 février 2009
Seule la menace de la grève générale peut les faire reculer
Le discours de Sarkozy après sa rencontre avec les dirigeants syndicaux était on ne peut plus limpide une fois la mousse enlevée. Pas question d’augmenter les salaires, pas même le Smic. Pas question d’abandonner les suppressions d’emplois dans les services publics. Pas question d’arrêter ce qu’il appelle “les réformes”, ces mesures qui visent toutes à appauvrir encore plus les salariés afin de dégager de l’argent pour le grand patronat.
Aucune réponse donc aux revendications exprimées par deux millions de manifestants et de grévistes le 29 janvier. Puisqu’une seule journée de mobilisation ne suffit pas pour se faire comprendre, il faut remettre ça.
Les directions syndicales ont tergiversé pour se décider. Elles ont enfin appelé à une journée de grèves et de manifestations pour le 19 mars. Il faut qu’elle soit plus massive, plus ample encore, que le 29 janvier.
Mais si l’on veut changer réellement le rapport des forces, il faut que le patronat et le gouvernement sachent qu’ils ne s’en tireront pas avec des journées d’action. Ces journées d’action doivent être des étapes mais avec pour objectif la grève générale illimitée jusqu’à satisfaction des revendications du monde du travail.
Car la situation du monde du travail se dégrade de jour en jour. Il n’y a pas un jour sans qu’il y ait l’annonce de nouveaux licenciements et de fermetures d’usines. Cela signifie chaque jour des milliers de travailleurs qui se retrouvent sans travail et poussés vers la pauvreté.
Cela fait bien des années que la politique des grands groupes industriels est de faire faire plus de travail par moins de travailleurs. Mais, avec l’aggravation de la crise financière, le rythme s’est accéléré. Le grand patronat, avec l’aide de l’Etat, cherche à faire payer la crise, la crise de leur système économique, aux classes populaires, aux salariés.
Sarkozy a beau jeu de répéter que la crise est mondiale et qu’on n’y peut pas grand-chose. Oui, la crise est mondiale, mais il n’y a pas de raisons pour autant que les plus riches, les banquiers, le grand patronat et les actionnaires non seulement s’en sortent mais continuent à s’enrichir. Et, de plus, s’enrichir avec l’argent pris dans les caisses de l’Etat au détriment des écoles, des hôpitaux, des services publics. La presse économique a rapporté que les grandes entreprises du CAC 40 ont versé 54 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2008.
De l’argent, la bourgeoisie en a. Il y en a pour payer des salaires corrects. Il y en a pour maintenir l’emploi en répartissant le travail entre tous sans diminution de salaire. Et les 54 milliards versés aux actionnaires seraient certainement mieux employés à ces fins qu’à repartir dans la spéculation. C’est l’intérêt des salariés, c’est l’intérêt de toute la société. Mais cela ne se réalisera que lorsque le monde du travail bouleversera le rapport des forces. Et le seul moyen, c’est que le grand patronat soit sous la menace d’une grève générale susceptible de lui faire perdre bien plus que cela lui coûterait de satisfaire les exigences légitimes des salariés et des retraités.
C’est ce qu’ont compris nos camarades de Guadeloupe et de Martinique en grève depuis plusieurs semaines. Ils ont eu le courage de partir en grève générale. Ils ont la détermination de continuer malgré le climat de violence que les interventions des forces de l’ordre envoyées de métropole ont développé en Guadeloupe. Malgré aussi le numéro d’illusionniste de Sarkozy la semaine dernière, croyant pouvoir arrêter la grève avec de vagues promesses. Comme si la proposition d’organiser dans chaque département d’Outre-mer des Etats généraux suffisait pour remplir les porte-monnaies et pour faire face aux prix scandaleusement élevés.
Être du côté des travailleurs de Guadeloupe et de Martinique est plus qu’une question de solidarité. Ils sont cette partie de nous-mêmes qui a osé engager la lutte. Et la meilleure façon de les soutenir est d’engager ici aussi la lutte pour ne pas faire les frais de la crise que les patrons et leurs serviteurs politiques veulent nous faire payer.

Arlette Laguiller
mercredi 18 février 2009
VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS DE GUADELOUPE ET DE MARTINIQUE !
Les travailleurs de Guadeloupe entament leur cinquième semaine de grève générale. Ils ont été rejoints par leurs camarades de Martinique.
Jégo, le ministricule chargé de l’Outre-mer, qui, après avoir promis dans les négociations des augmentations de salaire, s’est dédit ensuite lamentablement, hausse aujourd’hui le ton. Il retrouve le langage habituel du patronat et du gouvernement sur ces grévistes qui “prennent la population en otage”. Dans cette situation, l’argument n’est pas seulement choquant, il est ridicule. La grève bénéficie du soutien de la quasi-totalité de la population, une minorité de profiteurs mis à part. Des manifestations de 20 000, 30 000, voire 60 000 personnes, se succèdent dans une Guadeloupe qui compte 450 000 habitants !
Les grévistes bénéficient de l’accord profond de tous car tous souffrent des prix élevés. Les prix, y compris ceux de la nourriture ou des produits les plus indispensables, sont supérieurs de 20 % à 50 % à ceux du continent où, pourtant, ils augmentent déjà de façon intolérable. Les responsables en sont identifiables. La plupart des grandes surfaces, l’industrie alimentaire locale, l’import-export sont entre les mains d’une douzaine de grandes familles qui sont en situation de monopole et qui rackettent littéralement la population avec la bénédiction des autorités étatiques. Ce sont les mêmes qui possèdent une grande partie des terres et qui, après s’être enrichies dans la production de la canne à sucre, continuent à s’enrichir avec celle de la banane.
Pour la plupart, ce sont des békés, c’est-à-dire ces descendants des anciens maîtres d’esclaves qui vivent dans un luxe inouï, dominent la vie sociale et qui ont des amitiés jusqu’aux sommets de l’Etat français.
Si la grève porte sur des revendications matérielles et, avant tout, sur une augmentation de salaire de 200 euros en Guadeloupe et de 300 euros en Martinique, c’est aussi une grève pour la dignité dans cette société antillaise où les femmes et les hommes qui sont d’origine africaine ou indienne constituent la partie la plus pauvre de la population : ouvriers, employés, chômeurs. En revanche, plus on monte dans l’échelle des richesses ou dans l’administration étatique, plus les places sont occupées par la minorité d’origine européenne.
Si cette lutte pour la dignité représente un aspect, oh combien légitime, de la lutte qui se déroule là-bas, ceux qui insistent sur les seuls aspects spécifiquement guadeloupéens ou martiniquais du mouvement en diminuent l’importance et la signification. Même la responsabilité des hausses de prix n’incombe pas aux seuls békés. À côté d’eux, au-dessus d’eux, il y a les grandes sociétés européennes ou françaises, parmi lesquelles Total. Cette entreprise, la plus riche et la plus puissante de France, contrôle totalement l’approvisionnement en pétrole des Antilles par l’intermédiaire d’une filiale. Or, rappelons-le, ce sont les prix du carburant qui ont été l’étincelle qui a allumé l’incendie social.
Alors, la lutte des travailleurs et de la population, contre les hausses de prix, c’est aussi la lutte contre ces grandes entreprises françaises qui les volent et qui les exploitent, mais qui nous volent et qui nous exploitent aussi ici.
Et puis, une minorité qui pille et exploite la majorité, c’est la Guadeloupe, c’est la Martinique, certes, mais c’est aussi la France continentale. Oh, sur le continent, il n’y a pas le poids d’un passé esclavagiste ! Et le luxe des grandes fortunes de France est plus caché encore que celui des békés. Malgré sa fortune de 300 millions d’euros, la plus riche famille béké n’arrive qu’à la 136ème place, bien loin des Bettencourt, Arnault, Pinault, Dassault, Lagardère, Bouygues, Bolloré, etc, qui exercent un pouvoir plus grand encore sur la société, sur l’Etat.
Les travailleurs de Guadeloupe et de Martinique ne montrent pas seulement l’exemple aux autres départements d’outre-mer. Ils le montrent à tous les travailleurs.
L’augmentation des salaires, l’arrêt des hausses de prix, pour lesquels ils se battent, concernent tous les travailleurs. C’est une partie de nous-mêmes qui a choisi la lutte et qui nous montre la voie. Il est de notre intérêt à tous, travailleurs de là-bas et ceux d’ici, que la lutte se propage à l’échelle de l’ensemble de la classe ouvrière car, alors, nous multiplions nos chances de changer le rapport de force entre exploiteurs et exploités.

Arlette Laguiller
vendredi 6 février 2009
APRÈS LE SUCCÈS DU 29 JANVIER, IL FAUT CONTINUER ET RENFORCER LA MOBILISATION
Deux millions et demi de manifestants dans la rue, selon les syndicats, plus d'un million, même d'après la police : la journée du 29 janvier a été un succès. Ceux qui se sont mis en grève sont revenus des manifestations avec le moral remonté.
Le gouvernement lui-même a concédé, par la voix du nouveau ministre du Travail, Brice Hortefeux, qu'"à l'évidence, il y a eu du monde" et que cela est "l'expression d'une inquiétude" face à la crise.
Mais ce n'est pas seulement de l'inquiétude, c'est du mécontentement et de la colère. Et pas face à la crise, mais contre le patronat et le gouvernement. Contre les licenciements qui se multiplient ; contre les bas salaires ; contre la précarité ; contre ce gouvernement qui trouve des milliards pour arroser banquiers et patrons de l'industrie mais qui aggrave la situation des salariés.
Les travailleurs ont été nombreux à répondre à l'appel des syndicats. Personne ne peut penser cependant qu'une seule journée même réussie fera reculer le gouvernement et le grand patronat.
La question qui se pose, c'est la suite à donner à cette journée. Les directions syndicales sont mises devant leurs responsabilités. Elles auraient dû annoncer immédiatement une suite, une nouvelle journée de grèves et de manifestations.
À l'heure où nous écrivons, les dirigeants syndicaux se réunissent pour définir une attitude commune. Mais les déclarations de certains n'augurent rien de bon. Ceux qui se sont exprimés conditionnent une éventuelle suite de l'action à la réponse de Sarkozy.
Mais cette réponse, le gouvernement l'a déjà donnée par la bouche du Premier ministre qui a annoncé qu'il n'est pas question d'arrêter ce qu'il appelle les "réformes", c'est-à-dire les mesures anti-ouvrières qui se succèdent en rafales.
Alors, à quoi les dirigeants syndicaux s'attendent-ils, qui pourrait représenter un espoir pour les travailleurs ? La déclaration de Sarkozy à la télévision au milieu de la semaine ? Mais il n'est pas difficile de prévoir qu'il se contentera de brasser du vent. Sa promesse de rencontrer les dirigeants syndicaux ? Mais la date n'en est même pas encore fixée ! Et qu'est-ce qu'il peut en sortir, à part des stupidités du genre "travailler plus pour gagner plus" ?
Mais ce gouvernement et ce président ne sont pas là pour aider les salariés à sortir la tête de l'eau. Ils sont là pour les enfoncer. Ils sont là pour présenter avec des mots creux ou mensongers la politique exigée par le grand patronat qui est de sauver le profit des entreprises, les revenus de la bourgeoisie, malgré la crise, en dépouillant encore plus les salariés.
Conditionner la suite indispensable à ce que peuvent dire ou promettre Sarkozy et ses ministres, c'est trahir les intérêts des travailleurs. Le patronat et le gouvernement peuvent s'accommoder d'une seule journée de grèves et de manifestations. Seule une mobilisation croissante peut leur faire craindre que cette mobilisation débouche sur la grève générale jusqu'à la satisfaction des revendications.
Les travailleurs de Guadeloupe viennent de faire la démonstration que, même pour se faire entendre, il leur a fallu bloquer la vie économique de l'île. Et c'est parce qu'ils ont le courage de continuer après deux semaines que le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer s'est senti obligé de se rendre sur place et que les médias parlent de leurs revendications.
Leur détermination mérite le respect de tous les travailleurs. Mais, à quelques dizaines de milliers, il leur est évidemment plus difficile qu'à l'ensemble du monde du travail à l'échelle du pays, d'imposer leurs revendications.
Les directions syndicales prétextent qu'il faut du temps pour "construire un mouvement" comme celui du 29 janvier ! Mais c'est une raison de plus pour que, quelle que soit la date choisie pour la prochaine échéance, elle soit annoncée afin que les militants et les travailleurs les plus décidés puissent la préparer.
Ce serait aux directions syndicales de fixer ces échéances. Qu'elles prennent garde : si, obnubilées par les seules négociations, elles ne font pas leur travail, elles ne fixent pas un programme de mobilisation avec des échéances, les luttes éclateront et se généraliseront sans elles, de la base.
Nous défendre contre nos exploiteurs et leurs domestiques au gouvernement devient indispensable, vital. Nous en avons la force.
Arlette Laguiller
jeudi 5 février 2009
Soutien aux chercheurs et enseignants en lutte
La coordination nationale des universités appelle "toute la communauté universitaire et le monde de la recherche à une journée nationale de manifestations et d'actions", ce jeudi 5 février, contre les conséquences désastreuses pour la recherche comme pour l'enseignement de la loi Pécresse.
Lutte ouvrière tient à exprimer sa solidarité avec les enseignants et les chercheurs en lutte.
Nathalie Arthaud





