jeudi 6 novembre 2008
Obama élu, Bush désavoué, les travailleurs devront forcer les capitalistes à payer la crise

Ainsi donc, c'est Barack Obama qui a remporté l'élection présidentielle
américaine, et de loin. Les commentateurs, même ici en France, ne
cessent de répéter que l'événement est historique. Pour une
fois, ils sont au diapason avec les réactions d'enthousiasme et
d'espoir rapportées d'Amérique par les médias.
Et on comprend pourquoi l'élection à la tête de l'État du candidat du
Parti Démocrate, métis de père africain, est ressentie comme une
victoire par les Noirs américains, mais aussi par ceux d'origine
hispanique ou indienne qui se sentent opprimés ou exclus dans ce pays
où l'esclavage des Noirs n'a été aboli qu'en 1865, à la suite d'une
guerre civile sanglante et où, il y a une quarantaine d'années
encore, la ségrégation raciale était officielle dans plusieurs États.
On peut comprendre aussi pourquoi, après les années Bush, celles des
guerres d'Irak et d'Afghanistan, celle de la crise économique, rien que
ce changement-là puisse passer, aux yeux d'une majorité de
l'électorat, toutes origines confondues, pour une promesse de
changement dans bien d'autres domaines. Obama n'avait pas besoin de
promettre - et, d'ailleurs, il s'est bien gardé de faire des promesses
concrètes -, c'est sa personne elle-même qui passe pour une promesse.
On peut éprouver une certaine satisfaction à l'élection d'Obama car
elle signifie l'échec du camp qu'incarnait le duo McCain et sa très
réactionnaire colistière Palin, le camp du conservatisme social
et de la bigoterie affichée. C'est le désaveu de Bush et de sa
politique. Et la victoire massive d'Obama est, aussi, le signe que ce
ne sont pas les « beaufs » version américaine avec leurs préjugés
racistes qui dominent l'électorat.
Mais la satisfaction s'arrête là. Contrairement à son slogan électoral
qui promet le changement, Obama gouvernera, comme tous ses
prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie
américaine. Comment imaginer que la puissante bourgeoisie américaine
qui domine non seulement les États-Unis mais aussi, à certains égards,
le monde entier, puisse jouer la défense de ses intérêts
politiques sur les aléas d'une élection ?
Pour être désignés comme les candidats officiels des deux seuls partis
dont sont issus les élus, McCain et Obama ont dû se faire accepter par
la classe dominante à travers une multitude de filtres
d'élections diverses. Et il fallait surtout avoir de l'argent, beaucoup
d'argent, pour mener campagne à l'échelle de cet immense pays, se payer
des pages dans la grande presse, des heures d'émissions
à la télévision et la radio.
Pour être sûre de gagner à tous les coups, la bourgeoisie a financé les
deux rivaux. Mais Obama a récolté bien plus d'argent encore que son
concurrent. À sa façon, la bourgeoisie américaine a voté,
avant même le scrutin, avec des billets verts en guise de bulletins de
vote. La chose est habituelle, et pas seulement aux États-Unis, mais
jamais les sommes en jeu n'ont été aussi gigantesques.
Si les grandes banques de Wall Street ont financé massivement Obama, ce
n'est pas seulement parce qu'elles ne le craignent pas. C'est aussi en
raison du crédit dont il bénéficie en particulier dans
la partie de la population durement frappée par la crise financière,
qu'il vaut mieux bercer d'illusions et endormir avec des paroles
doucereuses. Et Obama est plus à même de faire passer des mesures
d'austérité que ne l'était Bush.
La crise de l'économie capitaliste a déjà durement frappé les classes
populaires de ce pays. Deux millions de personnes, et sans doute plus,
incapables de payer les remboursements de leurs logements
aux banques, qui sont jetées à la rue. D'autres, ou les mêmes, qui ont
cotisé toute leur vie durant à des caisses de retraite privées menacées
aujourd'hui de faillite, n'auront rien sur leurs vieux
jours. Et les entreprises réduisent leurs effectifs les unes après les
autres ou ferment leurs usines, alors que les reportages télévisés ont
montré des quartiers populaires dans les villes
industrielles où le chômage dépasse déjà les 50 %.
Dans cette Amérique, le pays le plus riche du monde capitaliste, une
partie des classes populaires est poussée vers une misère aussi
effroyable que dans bien des pays pauvres. Malgré les espoirs
diffus qu'il suscite aujourd'hui, Obama ne les protégera pas demain.
Alors qu'il n'était encore que candidat, il a apporté, avec McCain, son
soutien au plan du président en place, Bush, qui a
accordé, comme Sarkozy ici, plusieurs centaines de milliards pour
sauver les banques et les banquiers de la crise qu'ils ont eux-mêmes
provoquée, sans accorder un seul centime à ceux qui sont
expulsés de leur logement, ni même un moratoire sur leurs dettes.
Aux États-Unis, comme ici en France, protéger les classes populaires de
la crise n'est possible qu'en s'en prenant à la classe capitaliste qui
en est responsable, à sa fortune accumulée. Obama ne le
fera pas, et il n'a jamais dit qu'il le ferait.
Ce que l'on peut souhaiter de mieux à la classe ouvrière américaine,
c'est que, quel qu'ait été son vote, elle ne se fasse pas trop
d'illusions sur le président élu, même et surtout s'il promet le
changement. « Il n'y a pas de sauveur suprême », cette phrase de
l'Internationale sonne aussi juste pour les travailleurs d'Amérique que
pour ceux de partout. Et, rappelons-le, la génération qui a
subi la plus grande crise du passé, celle commencée en 1929, a été
aussi celle qui a su réagir et mener les plus grandes luttes grévistes
que le mouvement ouvrier américain ait jamais menées.
Arlette Laguiller
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