mercredi 27 janvier 2010
Après la prestation de Sarkozy sur TF1
Pas de surprise dans la prestation de Sarkozy sur TF1. Sur un ton paternaliste il a développé le refrain qu’il nous sert depuis son élection : « La France n’a pas besoin d’assistanat », a-t-il déclaré en parlant des millions de travailleurs, de chômeurs, de retraités, que la crise du système capitaliste a plongés dans la misère, mais cette formule ne s’adressait pas aux patrons, qu’il envisage d’exonérer encore davantage de ce qu’il appelle des « charges », c’est-à-dire des cotisations sociales.
L’air connu du « travailler plus pour gagner plus » avait un caractère surréaliste alors que les licenciements, les fermetures d’entreprises, se poursuivent et que le nombre de chômeurs ne cesse d’augmenter.
Pour l’avenir, Sarkozy a confirmé qu’après les élections régionales il était bien décidé à s’attaquer au régime des retraites. Mais, a-t-il lu dans sa boule de cristal, « le chômage va reculer ».
A voir les réactions de ses interlocuteurs, il y a peu de chance qu’il les ait convaincus. Quant aux travailleurs qui auront suivi cet interminable exercice d’autosatisfaction, la seule conclusion qu’ils pourront en tirer, c’est qu’il faut se préparer à la lutte contre ce que projette le gouvernement.
Nathalie Arthaud
lundi 25 janvier 2010
Haïti : la catastrophe naturelle ne doit pas occulter le drame social
200 000 morts ou le double ? Personne ne sait avec exactitude le nombre de victimes du tremblement de terre en Haïti. Les corps sont loin d’être tous dégagés des ruines car si les sauveteurs se flattent devant les caméras de télévision d’avoir sorti des décombres des personnes vivantes, ils ne se sont guère aventurés dans les quartiers pauvres. Personne ne peut deviner non plus combien de victimes feront les épidémies, voire tout simplement la soif et la faim.
Le tremblement de terre est un fait de la nature, mais le nombre de victimes est un fait social. Il vient de la pauvreté du pays et de la majorité des habitants, de l’état des taudis pour lesquels l’expression “non respect des normes sismiques” est un euphémisme !
Le fait que la capitale Port-au-Prince soit située sur une faille et donc susceptible d’être frappée de tremblements de terre était connu et les scientifiques ont souvent attiré l’attention sur les risques. Mais comment donc le gouvernement se serait-il soucié de cette menace alors qu’il ne se soucie pas de la mort ordinaire de tant de pauvres, de faim, de pauvreté, de maladies faciles à soigner ? Même en temps normal, les hôpitaux manquent de tout, de médecins, d’infirmières et de médicaments.
La télévision est pleine de reportages sur des gens sauvés par des secouristes de riches pays d’occident. Mais la majorité l’a été par la population qui a montré dans cet événement un degré de solidarité extraordinaire. Combien de personnes dégagées à main nue, bien avant que débarquent les équipes venant d’occident avec leur matériel moderne ?
Après un temps de réaction, dont on ne peut pas dire qu’il ait eu la rapidité exigée par la situation, les grandes puissances ont fini par se mobiliser. C’était bien la moindre des choses. Faut-il rappeler que la misère infinie d’Haïti, le pays le plus pauvre des deux Amériques, est la conséquence de plusieurs siècles de pillage ? D’abord par la France qui y avait déporté des Africains transformés en esclaves, dont le travail forcé a fait d’Haïti le plus important fournisseur de sucre du monde, à l’époque.
C’est la révolte de ces esclaves qui mit fin tout à la fois à la domination coloniale de la France et à l’esclavage. Mais la France n’arrêta pas pour autant de piller le pays et lui imposa le versement de dédommagements énormes pour les propriétaires d’esclaves, qu’Haïti mit plus d’un demi-siècle à payer. Puis, ce sont les Américains qui prirent le relais en transformant le pays en une arrière-cour fournisseur de main-d’oeuvre quasiment gratuite.
Alors oui, ce serait la moindre des choses que ces États rendent à Haïti une fraction de ce qu’ils lui ont volé. Mais on ne peut faire confiance aux puissances impérialistes. Si les États-Unis ont pris le contrôle de l’aéroport, c’était pour débarquer bien plus de soldats que de secouristes ou de médecins. Car leur principal souci est de prévenir toute explosion sociale aussi bien qu’une fuite massive de la population vers ses côtes. Quant à la France, si on fait beaucoup de bruit au sujet des secouristes, son effort est dérisoire.
Les rations alimentaires distribuées apportent, certes, un soulagement. Mais si ces secours parviennent à certaines catégories de la population, ils n’atteignent pas les quartiers pauvres. Même aujourd’hui, deux semaines après le tremblement de terre, la population pauvre ne peut vraiment compter que sur la solidarité venant de ses rangs.
Quant à la reconstruction, que feront les grandes puissances, à part des conférences ? Elles aideront à la reconstruction du palais présidentiel et des ministères. Elles assureront les infrastructures nécessaires pour que la zone industrielle reprenne sa production avec des ouvriers payés à moins de deux dollars par jour.
Ce qui serait urgent, outre les vivres et les médicaments, c’est la construction rapide de logements bon marché tenant compte des normes sismiques. Même cela, elles ne le feront pas. Et assureront encore moins aux travailleurs, aux paysans de ce pays, de quoi vivre correctement de leur travail. Cela ne coûterait pas plus cher que de mener la guerre en Irak ou en Afghanistan, et seulement une petite fraction de ce qu’on a distribué aux banquiers aux États-Unis, en France ou ailleurs. Le présent et l’avenir de Haïti sont bien moins la conséquence d’un phénomène naturel que l’image d’une organisation sociale abjecte.
Arlette Laguiller
mercredi 20 janvier 2010
Haïti : les effets d’une catastrophe naturelle... et de l’exploitation coloniale puis impérialiste
Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier a fait des dizaines de milliers de victimes, des millions sans doute de sans-abri, et il est évident que l’organisation et la coordination des secours dans un pays dont la plupart des infrastructures ont été détruites ne sont pas choses aisées. Mais le sort de la population pauvre est d’autant plus terrible qu’elle vivait déjà dans la misère, que la consommation de galettes de terre pour tromper la faim faisait partie de la vie quotidienne des Haïtiens les plus pauvres, bien avant ce tremblement de terre.
Haïti n’est pas victime d’une malédiction. Haïti a d’abord été victime de l’exploitation coloniale par la France, puis de l’impérialisme nord-américain.
Le commerce et l’exploitation sans frein des esclaves noirs dans les plantations de canne à sucre au XVIIe et au XVIIIe siècle ont été l’une des principales sources d’enrichissement de la bourgeoisie française durant cette période. C’est sur leur sueur et leur sang qu’ont été bâtis les hôtels particuliers de Nantes, de Bordeaux et de bien d’autres villes. Et quand, embrasé par le souffle de la révolution française, Haïti a aboli l’esclavage, a vaincu les armées que Napoléon Bonaparte avait envoyées pour tenter de rétablir celui-ci, la France n’accepta de reconnaître l’indépendance de l’île qu’en échange d’une indemnisation colossale, qui ruinera les finances de Haïti jusqu’en 1888.
Au XXe siècle, les États-Unis ont pris le relais dans l’exploitation de l’île, en mettant la main sur les meilleures terres agricoles, en utilisant dans la zone industrielle de Port-au-Prince des travailleurs sous-payés : moins de deux dollars par jour ces dernières années. Et, parallèlement à cette présence économique, les États-Unis ne cessent d’intervenir dans la vie politique haïtienne : déposition du président Aristide en 1991, rétablissement de ce dernier en 1994 (après un séjour aux États-Unis destiné à le convaincre de changer de politique), expédition en exil du même Aristide en 2004, et mise en place, sous le couvert de l’ONU, d’une “mission” de 6 000 militaires et 1 400 policiers chargés de “maintenir l’ordre” de l’impérialisme en Haïti.
Alors, Obama peut bien faire des discours humanitaires, confier à Clinton et à Bush (tout un symbole) le soin de réunir des fonds pour Haïti. Ses principales préoccupations sont ,d’une part, d’éviter un afflux massif de réfugiés haïtiens aux États-Unis, comme cela s’était produit lors de récents cyclones dévastateurs, où ceux qui fuyaient l’île sur des embarcations de fortune avaient été impitoyablement refoulés ; et, d’autre part, d’éviter tout risque d’explosion sociale menaçant les intérêts de l’impérialisme américain comme ceux des riches Haïtiens qui sont les alliés locaux de celui-ci.
L’une des premières mesures d’Obama a été d’envoyer 10 000 marines à Haïti. Pour assurer la sécurité des transports et des distributions de vivres ? Sans doute, mais prêts aussi à assurer l’ordre impérialiste. Quant à Sarkozy, pour ne pas être en reste, il a proposé à son tour d’y envoyer 1 000 gendarmes européens.
Dans la tragédie qu’il vit, le peuple haïtien a besoin de la solidarité de toutes les bonnes volontés. Et il est bon que la générosité populaire, qui ne fait pas, elle, de calculs politiques, se soit une fois de plus manifestée. Mais ce peuple qui, le premier, a su briser les chaînes de l’esclavage n’échappera vraiment à la misère que le jour où tous les exploités, tous les opprimés de la terre, ceux d’Haïti comme ceux de tous les autres pays, auront mis à bas le système capitaliste, construit une société qui se donnera les moyens de faire face aux conséquences des catastrophes naturelles, au lieu de consacrer des fortunes à produire des engins de guerre.
Car que représentent les 100 millions de dollars débloqués par Obama, les 20 millions d’euros débloqués par la France pour Haïti, au regard des 377 millions de dollars que coûte chaque jour l’intervention militaire des États-Unis en Irak et en Afghanistan ?
Arlette Laguiller



